PRESSE

DEMAIN, C’EST LE PRINTEMPS – CRITIQUES

 

1. ZONE 02
2. Cinemaniacs
3. Plaisir d’Offrir

ZONE 02
S’il est une pièce à aller voir principalement pour son acteur principal, c’est bien celle-ci! La prestation d’Alexandre von Sivers dans la peau d’un vieux bonhomme au crépuscule de sa vie qui perd progressivement la boule et se retrouve aux confins de l’enfance y est magistrale.
 
« Le cerveau est une drôle de bête. On sait qu’il est là, mais on ne le voit jamais », poétise le vieil antiquaire cloîtré dans ce home impersonnel. Au début de la pièce, il a encore toute sa tête même s’il devient un peu dur de la feuille. Une oreille attentive le seconde régulièrement: Alice, la fille d’une de ses anciennes grandes amies l’accompagne autant que possible dans cette pénible retraite. Cette main secourable fait ce qu’elle peut tandis qu’elle connaît elle-même quelques déboires familiaux et professionnels.
 
Au commencement, un fin rideau transparent voile la pièce où l’action va se tramer. Sur scène, un lit et un fauteuil, une table et une chaise, une armoire et une porte. Un décor ascétique où vivre sa solitude dernière. Du plateau s’élève une douce poésie secondée par une certaine dose humour qui empêche la situation de sombrer dans le sinistre.
 
Les comédiens, eux, transcendent un texte qui contient en son sein son petit lot de perles: « Je me suis toujours demandé pourquoi les arbres étaient nus en hiver, la saison la plus froide », philosophe l’homme qui passe son temps à regarder par la fenêtre quand il ne s’intéresse pas de près à sa collection photographique de jeunes femmes en petites tenues. De l’extérieur, son discours devient de plus en plus incohérent.
 
Pour signifier le temps qui passe et assister à la décrépitude progressive du personnage, l’auteur opte pour un découpage en séquences très cinématographique. Une succession de plans-séquences entrecoupés d’ellipses temporelles plongent la scène un peu trop systématiquement dans le noir: ces périodes obscures mériteraient d’être plus nourries pour éviter de porter au crépuscule une pièce lumineuse qui ose parler sans fard, mais avec énormément de pudeur, d’un thème que nos sociétés occidentales ne teintent jamais que d’une seule couleur, définitivement triste.
 
 
Cinemaniacs
Nouvelle reprise de cette excellente pièce d’Eve Calingaert , créée au Festival de Spa en 2005 , jouée en 2007 au Théâtre Blocry et présentée ce mois-ci à La Comédie Claude Volter (Bruxelles)
 
C’est une pièce magnifique que l’on voit avec émotion et que l’on peut revoir toujours avec la même émotion et beaucoup d’intérêt, de par le thème traité par l’auteur et l’interprétation d’Alexandre von Sivers, Cécile Van Snick , Danielle Fire et Xavier Campion,, les talentueux comédiens créateurs des personnages , conduits magistralement par Armand Delcampe, metteur en scène de ce spectacle.
 
Je vous invite à (re)prendre connaissance ci-après de ma chronique-critique publiée sur ce site lors de la création :
Une histoire qui nous touche tous, traitée avec humour malgré son sujet grave : la mort au bout de la route…
Un homme va mourir. Sans rancœur, ni tristesse. Il a vécu. Une vie avec ses joies, ses peines, ses amours, ses nostalgies.
Une femme l’accompagne. Avec tendresse. Elle n’est si sa maîtresse, ni sa fille, ni son épouse, ni une inconnue…
 
Elle vient le retrouver presque chaque jour là où il a été placé (on peut imaginer la chambre d’une Seigneurie). L’homme n’est pas vraiment un vieillard mais il est atteint de la maladie d’alzheimer
Une œuvre théâtrale éclatante de vérité, bouleversante. Une pièce qui nous plonge dans une possible réalité future. Une pièce qui nous met face à la mort et qui nous fait réfléchir !
Eve Calingaert (l’auteur) : La mort est au centre de notre vie. J’ai constaté que notre société à tendance à cacher la mort, à la gommer, à ne pas vouloir la regarder en face. Il n’y a qu’à considérer l’imagerie occidentale développée autour de la mort depuis des siècles : elle fait peur, elle est laide, c’est une horreur. Les expériences que j’ai vécues par rapport à la mort de proches étaient très belles.
 
J’ai eu envie de les communiquer.
 
Dans ma pièce, un homme âgé meurt. Rien de sinistre. Il a vécu et jusqu’à la fin a gardé l’humour. Quand on est confronté à la mort, ou que ce soit, on est presque systématiquement renvoyé à sa propre mort. Plus on a la notion de la mort, plus on a envie de vivre. Penser à la mort peut être très tonique. J’ai perdu une petite sœur quand j’avais quatre ans. J’ai mis des années à me rendre compte que cet événement a marqué ma vie et développé en moi une pulsion insatiable de vivre. J’ai compris à ce moment-là que les parents n’étaient pas des dieux et que l’on pouvait disparaître comme une bulle de savon , dans la seconde, et qu’il ne restait plus rien. Donc tant que nous sommes vivants, soyons-le pleinement, dans chacune de nos fibres.
 
Le personnage est plein d’humour, souvent attendrissant, en gaîté se régalant de photos de femmes déshabillées et provocantes, en colère, en furie, en détresse, en mal de vivre, en perdition ….
Alexandre von Sivers est étonnant dans ses jeux de scène, s’adaptant extraordinairement à toute cette gamme d’états d’âme par lesquels passe le « vieillard », le faisant avec drôlerie, émotion, sobriété, intelligence.
 
Il confirme ses dons d’acteur et se place parmi les plus grands comédiens belges.
Cécile Van Snick (comédienne mais aussi co-directrice de l’Atelier Théâtre Jean Vilar) joue avec émotion, sensibilité et naturel le personnage de cette amie charitable qui veille aux bons soins de l’homme, qui vient chaque jour lui apporter des friandises ( il adore le chocolat) , du bon vin ( il aime en boire) , qui lui fait son linge et le replie avec précaution dans l’armoire…Elle doit subir ses humeurs, parfois violentes, mais elle les accepte avec stoïcisme . Quelle est exactement sa relation avec cet homme ? L’auteur laisse la fin ouverte aux spectateurs. Peut-être la toute dernière réplique de la pièce paraît évidente !
 
Danielle Fire joue avec discrétion et autorité la directrice de la maison de repos, Xavier Campion campe un jeune infirmier indifférent.
Armand Delcampe signe la mise en scène de ce spectacle. Généralement, il aime se lancer dans de grandes mises en scène spectaculaires, fastueuses, abordant les grands auteurs, les personnages et sujets de l’Histoire du Théâtre Mondial engageant par là même de nombreux acteurs.
 
Ici, il change tout à fait de registre dans la réalisation de cette comédie intimiste et il y réussit parfaitement. Un travail passionnant entre lui et ses quatre acteurs.
2008. Il ne vous reste plus qu’à vous rendre dans ce charmant théâtre de l’Avenue des Frères Legrain, théâtre dirigé par Michel de Warzée.


Roger Simons

 
Plaisir d’Offrir
Demain c’est le printemps sonne souvent comme un chant d’espoir.
Un titre en totale contradiction avec le propos d’Eve Calingaert, l’auteur et journaliste belge.
 
Nous sommes plutôt à l’automne de la vie d’un homme.
Grand, cultivé, il a eu une vie riche et mouvementée.
Images d’un siècle qui se meurt, il entre en maison de repos comme entrerait un bouquet de fleurs printanières dans une pièce sombre.
 
Il dénote.
 
Il pénètre dans un univers réglementé, mesuré, aseptisé, dirigé, dirigiste, compartimenté, où chaque chose se fait à l’heure prévue (Les pieds se lavent le soir à 18h, c’est dans le règlement Monsieur !).
Comme un chêne solide voit en octobre ses feuilles se colorer, se parer des plus beaux reflets avant de tomber une à une, de s’étioler, de se dessécher et de racornir sur le sol, Alexandre von Sivers va passer par toutes les étapes de la vieillesse.
 
La mémoire qui flanche, le refus de sa condition, l’agressivité envers son entourage, la violence, le déni, le rejet, tous les stades sont là, sans fard, sans provocation, dans un portrait réaliste et parfois dérangeant de vérité.
 
Demain c’est le printemps est un texte fort qui nous renvoie à notre vécu, aux grands-parents, aux parents, aux vieux que nous avons côtoyés, à ceux que nous voyons s’affaiblir chaque jour, à ceux que nous verrons demain et à nous, à notre avenir et à notre future déchéance.
Difficile de ne pas avoir envie de se dire …Pas ça pour moi !
 
Et pourtant, derrière le crépuscule d’un homme, l’évocation d’une vie presque heureuse et bien remplie se cache une grande tendresse, une présence amie, aimante, une main tendre et amicale, celle d’Alice (Cécile Van Snick), sa fille de cœur.
 
Toujours présente malgré le temps, ses difficultés personnelles, elle tente de rassurer, de compenser la solitude, d’adoucir l’isolement forcé, de comprendre, d’aider, d’écouter.
Duo magistral d’amour et de tendresse, les deux acteurs interprètent avec brio cette comédie du temps qui s’enfuit.
 
Avec sensibilité et tendresse, Eve Calingaert dépeint les différents stades d’une fin de vie annoncée. Son récit peu paraître haché, fait de courtes saynètes, il nous fait ainsi mieux percevoir le sablier du temps qui se vide inexorablement.
 
Certains propos sembleront parfois clichés, principalement dans le portrait des maisons de repos, et pourtant, c’est hélas une vision réaliste de la chose, qui pour déprimant qu’est le constat doit aussi nous faire prendre conscience, dès maintenant de la place que nous accordons à nos aînés.
 
Si cette pièce peut amener à cette réflexion, à faire comprendre que si notre amour leur est aussi vital qu’un verre d’eau, il ne suffira pas seul, qu’il est donc peut-être temps de réagir, de prévoir, de changer, tout n’est peut-être pas perdu.
 
Car ….Demain, ce sera Notre printemps.
Muriel Hublet