PRESSE

LA DEMOISELLE – CRITIQUES

La Demoiselle ou l’identité belge
Camille Perotti

Reprise de « La Demoiselle » de Jean-Pierre Dopagne à la Comédie Claude Volter.
Deux thèmes subtilement enchâssés qui interrogent la belgitude.

Les propos de « La Demoiselle » prennent une consonance toute particulière en ces jours de tempête politique. Elle parle « vrai » et ses réflexions sur la Belgique sont teintées d’actualité. Même s’il y avait déjà de l’orage dans l’air, Jean-Pierre Dopagne n’avait pas imaginé à quel point « La Demoiselle » serait visionnaire lors de sa création, il y a quatre ans.

Cette demoiselle, c’est Louise ou Louisa, une vieille fille de trente-cinq ans, Belge pur jus, « parfaitement bilingue », de mère flamande reine de la frite et de père wallon, fan des Diables Rouges. Seule en scène, Alix Mariaule – dont l’expérience de danseuse est manifeste tant ses mouvements sont gracieux – interprète un monologue d’une force évocatrice remarquable. Un fauteuil rouge symbolise un petit appartement avec pour toile de fond un grand écran.

La mise en scène d’Olivier Leborgne invite à la confidence. Louise s’adresse au public et lui raconte ses joies, ses peines, son rêve de devenir infirmière brisé par sa mère, l’école de secrétariat, son emploi dans une compagnie d’assurance, puis le chômage, les soirées entre copines et ses parents… le foot et les frites. Au-delà du personnage archétypé, c’est un véritable cri de détresse silencieux que pousse Louise.

L’humour déguise un phénomène de société profondément triste : la solitude. Celle d’hommes et de femmes qui  » attendent demain  » désespérément. C’est ce thème qui a d’abord séduit Alix Mariaule, ce fléau dont on ne parle pas assez. Quand  » les anniversaires s’empilent « , le seul mot  » mariage  » fait tressaillir la jeune femme qui part à la chasse à l’homme. Au « Super-Fish », elle rencontre  » le prince charmant « , se remet en question, et avec elle, l’identité de son pays. Une identité nationale ?

En allégorie de la Belgique, elle s’interroge sur la belgitude, sur ce pays qui ne sait pas qu’il est une nation. Sans faux-semblants, d’un ton mi-figue mi-raisin, Louise déploie les clichés, frites, foot et bière. Populaires, certes, mais assumés; le chocolat et les frites ne font-ils pas partie de l’identité belge ? Touchante de vérité, la jeune femme emblématique exprime la douleur de ce pays, ses passages à vide, ses trois sujets de discorde : « la langue, le foot et les frites », ce pays qui « petit, étriqué, coupé comme une frite » se croit faible. Louise/Louisa, reflet de l’archétype belge recherche son identité : « J’étais double, mais je n’étais rien. » De cette quête initiatique, elle aspire à devenir « le ciment de la Belgique », car de cette double culture et de l’acceptation viendra le salut.

Loin de cloisonner les Belges dans une identité populaire, « La Demoiselle » émeut par sa justesse et son introspection. Une pièce où chaque instant est à savourer comme une bonne frites-mayo.

 

 La Demoiselle (2007)

Une reprise qui s’imposait, la pièce de Jean-Pierre Dopagne « La Demoiselle » actuellement à l’affiche du théâtre « La Comédie Claude Volter » car le sujet touche de près ou de loin à la situation actuelle de la Belgique !

J’ajouterai que le ravissant petit théâtre de l’avenue des Frères Legrain n° 98 à Woluwé Saint -Pierre affiche « complet » chaque soir. Et c’est tant mieux !

Oui, une certaine actualité mais traitée avec humour par l’auteur et la mise en scène d’Olivier Leborgne.

Le monologue ( ce que l’on appelle aujourd’hui un seul en scène) est une forme théâtrale que Jean-Pierre Dopagne semble tout particulièrement affectionner , un procédé qui permet l’exploration en profondeur d’un véritable personnage comme par exemple celui de « Mademoiselle ».
Le théâtre de Jean-Pierre Dopagne se veut populaire , certainement pas populiste et les messages que l’auteur glisse entre deux réparties comiques font mouche.
La « demoiselle » est ainsi une tentative pour mieux comprendre un pays que l’auteur voudrait certainement différent et il le dit à travers Louise qui s’adresse ainsi à son prince : « Tu es né d’un pays qui n’a rien de grand ; tu es né d’un pays où la vie est petite minuscule, étriquée, coupée comme une frite… »

Un spectacle souvent drôle intelligent se fondant sur l’histoire d’une cendrillon belge( et bilingue) qui se demande encore s’il faut croire aux contes de fées( B.Longre – septembre 2003)
Flashback dans l’histoire du théâtre belge. Nous sommes à Spa en 2003 au Festival -Théâtre de Spa. De nombreuses pièces inédites sont présentées en création comme « La Demoiselle »
Je vous propos de reprendre connaissance de ma chronique-critique publiée sur ce site lors de sa création

« La Demoiselle » est plutôt une comédie qui raconte l’histoire drôle de Louise, belle, intelligente qui a tout pour elle mais qui est seule. Et qui – à 30 ans – cherche toujours son « Prince charmant » .Ou peut-être l’attend-elle tout simplement sans le chercher.

Ses armes pour affronter cette espèce d’échec ? Elle sait qu’elle est belge et parfaitement bilingue…
Jean-Pierre Dopagne (auteur) : C’est évidemment l’histoire d’une solitude ; celle de tous ces êtres idéalistes qui placent trop haut des barres que , par crainte du choc de la réalité, ils ne se décident jamais à franchir .

Nous vivons en fait pendant une heure trente dans l’imaginaire de Louise. Elle rêve de la rencontre avec « l’homme de sa vie », comme elle le dit. Elle fantasme sur la fastueuse cérémonie de son mariage avec Jean-Philippe (c’est le prénom qu’elle lui donne), sa vie avec son mari et l’enfant à naître, ce sera une fille qu’elle appellera Fanette (comme dans la chanson de Jacques Brel). Elle nous parle (car elle s’adresse au public tout au long du spectacle, lui confiant le rôle de confident) de sa vie au travail (infirmière), de ses ambitions, de ses parents- la mère flamande propriétaire d’une friterie, le père wallon arbitre. Toute la famille suit d’ailleurs les matchs de foot, régulièrement le dimanche après-midi à la télévision , fans des Diables Rouges…

Elle se précipite sans cesse sur son GSM, appelée par sa mère qui veut régler différents problèmes afférents au mariage. Elle phosphore sans arrêt .

Elle se lèvera demain à cinq heures pour vivre cette journée exceptionnelle : son union avec l’homme qu’elle aime…

Cette pièce est jouée, je dirais plutôt vécue par la jeune comédienne Alix Mariaule, grande , généreuse, émouvante.

Le texte de Jean-Pierre Dopagne est d’une belle justesse de ton, fort bien écrit avec une certaine dose poétique. Une pièce profondément humaine .
Jean-Pierre Dopagne (auteur) : C’est l’histoire d’une fille de la frite et du football qui dévoile ses préparatifs pour entrer dans un monde qui n’est pas le sien. C’est aussi le portrait d’une Belgique attachante !

Olivier Leborgne a suivi avec discrétion l’imaginaire de la demoiselle, illustrant quelques-unes de ses pensées par le truchement d’images projetées sur grand écran (fond de scène) : le Journal TV ( une série de plans montés cut) , un aquarium avec des poissons rouges , les vagues de la mer et la plage, la friterie avec en gros-plan le passage de la pomme de terre dans la machine à frites…Et une idée plus originale encore : il termine le spectacle par la « Brabançonne »… C’est du belge ça!
Louise : Une Belge comme moi sur Internet, vous n’en trouverez pas. Je suis la dernière « pure Belge » à cent pour cent. Fille d’un père francophone et d’une mère flamande.

Quand j’étais petite, ça me faisait rigoler. Mon père demandait à ma mère : « Tu m’aimes ? » et ma mère répondait : « Natuurlijk »
Je suivais l’école les jours pairs en français ; impairs en flamand. Un jour, je m’appelais Louise Dupont ; le lendemain Louisa Vandenbrug
Quand l’institutrice me demandait « Deux fois trois ? « je répondais « Ik weet het niet, ik ben vlaamstalig ». Et le lendemain dans l’autre sens pour « twee maal drie »…
Voilà pourquoi je suis née. Moi, Louise Dupont – Louisa Vandenbrug. Vraie Belge. Parfaitement bilingue. Je suis née pour recimenter la Belgique.
Le spectateur est plongé dans une vérité quotidienne, celle de « « la demoiselle », un quotidien somme toute courant qui est , hélas , celui de maintes jeunes femmes de notre société où l’image féminine est si souvent récupérée et malmenée par la publicité. Ici , tout est juste , dosé , pesé.
(Jean Lacroix – Nos lettres)

« Demain , je me suis levée à cinq heures du matin. » Ces dix mots l’annoncent clairement : le surréalisme ne sera pas loin. Marque de fabrique de notre pays .
(Laurent Guyot – Vers l’Avenir)
On pourrait titrer « La Demoiselle ou l’identité belge » Deux thèmes subtilement enchâssés qui interrogent la belgitude.

Les propos de « La Demoiselle » prennent une consonance toute particulière en ces jours de tempête politique. Elle parle « vrai » et ses réflexions sur la Belgique sont teintées d’actualité. Même s’il y avait déjà de l’orage dans l’air, Jean-Pierre Dopagne n’avait pas imaginé à quel point « La Demoiselle » serait visionnaire lors de sa création, il y a quatre ans.
Retour donc de la Demoiselle qui a grandi mais qui demeure toujours Mademoiselle plus que jamais.

 Le personnage est interprété par sa créatrice, Alix Mariaule , toujours aussi brillante et authentique, mise en scène par l’excellent Olivier Leborgne.
A revoir dans l’urgence !

Roger Simons