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TAILLEUR POUR DAMES – CRITIQUES

 

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Du Cousu main
En remportant son premier grand succès avec « Tailleur pour dames » » (1886), Feydeau apparaît déjà comme un « horloger du rire ». Cette pièce s’appuie, en effet, sur une construction rigoureuse qui entraîne les personnages dans un tourbillon étourdissant. Orchestrés avec précision par Danielle Fire, ces quiproquos, ces chassés- croisés, ces rebondissements saugrenus forment un spectacle trépidant, sur mesure pour pimenter les fêtes.

Le docteur Moulineaux a découché. Il rentre chez lui fourbu et…déçu : Suzanne Aubin, sa maîtresse, n’a pu échapper à la vigilance de son mari, pour se rendre à son rendez-vous galant. Il voudrait souffler un peu mais doit affronter un raseur : monsieur Bassinet, venu lui proposer des appartements à louer. L’importun à peine neutralisé, c’est son épouse Yvonne qui le presse de questions sur sa nuit. Pris de court, il prétend l’avoir passée au chevet d’un ami agonisant. Son nom ?…Bassinet. Cette première tromperie déclenche le ressort de la machine comique qui happe, bouscule et provoque la fuite en avant du héros. Il creuse lui-même sa tombe. De mensonge en mensonge – toujours cohérents dans l’instant- un univers absurde se crée. Les événements obéissent à leur propre logique, même si cette logique nous paraît délirante.

Pour tendre la toile d’araignée d’une intrigue truffée de coïncidences et de retournements imprévus, Feydeau a besoin de temps. C’est pourquoi le premier acte s’étire à certains moments. Mais dès que le docteur est pris dans l’engrenage, le mouvement s’accélère et on se laisse emporter par le rythme endiablé de la représentation.

Michel de Warzée mène le jeu tambour battant et donne beaucoup d’impact aux réflexions adressées par Moulineaux au public. Evitant le cliché de la belle-mère antipathique, Patricia Houyoux incarne avec subtilité une madame Aigreville lucide et astucieuse. Elle comprend très vite que son gendre profite de la naïveté de sa fille et lui tient tête avec détermination et malice. Vaguement poète, chanteur remarquable, le valet de chambre Etienne semble planer sur la folie ambiante. La composition de Bernard d’Oultremont est savoureuse. Tout comme celle de Gérard Duquet dans le rôle du casse-pied cupide, égrillard et radoteur. Sa voix éraillée et surtout sa dégaine font songer à Michel Simon. Echos de la Belle Epoque, des chansons accompagnées par un pianiste dans la salle, comme au temps du cinématographe, ponctuent le spectacle. Les comédiens-chanteurs les défendent avec plus ou moins de bonheur : certaines interprétations sont laborieuses. Mais ces intermèdes musicaux égaient les changements de décor, sollicitent notre complicité et soulignent la solidarité de la troupe.
Evidemment, quand Etienne, le valet, porte la robe de chambre de son maître, parce que celui-ci lui avait demandé de « l’apporter », on peut faire la fine bouche et trouver que l’auteur insiste lourdement sur le malentendu. On peut aussi considérer que cette plaisanterie confirme le goût de Feydeau pour l’extravagance et qu’exploitant méthodiquement tous les procédés du genre, le maître du vaudeville nous vaccine contre la morosité.
Jean Campion

Nostalgique plaisir
Plaisir des yeux et des oreilles que de retrouver Feydeau presque dans l’esprit.
Danielle Fire a opté pour une mise en scène traditionnelle qui s’agrémente très plaisamment de morceaux musicaux ou chantés, intermèdes pour changer le décor, mais aussi refrain pour souligner un passage. Pour créer cette ambiance, le pianiste, Fabian Coomans de Brachène, accompagne la pièce de bout en bout et donne ainsi au spectacle le charme désuet des comédies musicales d’antan.

Michel de Warzée campe ici le docteur Moulineaux qui va accumuler mensonges, pirouettes et user de toutes les ficelles possibles pour tenter de cocufier sa femme. Il joue ce rôle avec emphase, apartés comiques et avec la bonhomie savoureuse d’un tof bruxelleir (l’accent en moins).

Il réussit à rester à la limite entre ton comique et surjeu, un exercice difficile en soi.

Sa pauvre jeune épouse est Amélie Saye, pauvre demoiselle encore sous le giron maternel d’un dragon femelle joué de main de maître (fer ?) par Patricia Houyoux (Mme Aigreville).

Après la note musicale innovante, le second vent de fraîcheur est amené par le domestique de la maison, Etienne (sous les traits de Bernard d’Oultremont), cheveux gominés, lèvres rouges, muni d’un plumeau rose et du déhanchement du bassin qui va de pair, l’acteur entonne d’une voix très haute une chanson, dans cette parodie de l’efféminé, l’acteur nous offrira tout au long de la pièce quelques petites perles comiques.

La cause de tous ces tourments, celle pour qui le docteur Moulineaux se damnerait n’est autre que Suzanne Aubin (Stéphanie Moriau) tout à la fois naïve, candide et fine mouche.

L’involontaire déclencheur de bien des quiproquos sera ce pauvre Bassinet (Gérard Duquet).
Sémillant, très en verve, sa trogne de pauvre victime, son à-propos et son bagout font merveille. Artiste complet, chanteur, acteur et danseur, c’est un régal de le voir évoluer.
Dans un décor amovible (Christian Guilmin), aisément transformé le temps d’une chanson, nous irons donc du salon de ce pauvre docteur, à l’atelier de Mme Pilou la couturière.

Les costumes (également signés Christian Guilmin) se doivent donc, avec Tailleur pour dames comme titre, d’être réussis. C’est le cas dans l’ensemble même si l’on déplorera de voir Suzanne Aubin affublée un moment d’une jupe-culotte qui dénote quelque peu.

Coups de théâtre, musique et quiproquos sont au rendez-vous de ce spectacle de fin d’année.

Calibré au millimètre, il mélange des personnages décidément pas faits pour se rencontrer, mais qui inévitablement, comme dans tout bon vaudeville qui se respecte, vont se retrouver face à face pour le plus grand plaisir des spectateurs.

Feydeau y croque, comme à son habitude, avec une belle dose de férocité, ses personnages et la bourgeoisie de l’époque.

Danièle Fire le sert à merveille en demandant à ses acteurs un jeu dynamique, envolé et diablement séduisant pour nous un spectacle de qualité, un doux parfum nostalgique qui nous transporte irrésistiblement quelques années en arrière au temps d’Au théâtre ce soir.

Une joie délectable en cette fin d’année.
Muriel Hublet

 

 

La Libre Belgique
Feydeau, auteur décidément festif
Philip Tirard
Mis en ligne le 13/12/2007

 

Le maître du boulevard, c’est du sur mesure pour les fêtes. Un « Tailleur pour dames » classique et efficace, mais un tantinet pataud chez Volter.

La Comédie Claude Volter a choisi le vaudeville pour passer le cap de l’an nouveau. Et tant qu’à faire, autant prendre le meilleur, Georges Feydeau. Si « Tailleur pour dames » compte bien ses trois actes et tous les ingrédients du genre, c’est la première des grandes pièces de l’auteur et, de l’aveu de Danielle Fire qui met en scène, elle s’avère un peu courte pour meubler une soirée entière.

D’où l’ajout de répliques cinglantes puisées à d’autres oeuvres de l’écrivain et l’insertion de quelques chansons d’époque, soutenues au piano par Fabian Coomans de Brachène. L’esprit de la pièce ne s’en trouve pas altéré, mais son rythme en pâtit par endroits. C’est la seule réserve qu’on fera à ce spectacle par ailleurs en tous points conforme à la tradition, costumes et décors de Christian Guilmin compris.

Pauvre docteur

Michel de Warzée joue avec faconde le docteur Moulineaux, homme mûr que son récent mariage à une femme beaucoup plus jeune que lui (Amélie Saye, pleine de naïveté godiche) n’a pas le moins du monde engagé à modifier ses habitudes de célibataire. L’entame de la pièce le cueille en flagrant délit : il a découché et sa jeune épouse a découvert le pot aux roses. Son cauchemar commence, l’hilarité du spectateur aussi.

A peine inventé, l’alibi d’un patient à l’agonie s’effondre avec l’arrivée inopinée de ce dernier. Pour un mourant, le raseur Bassinet (désopilant Gérard Duquet) se porte comme un charme et n’entend rien aux allusions désespérées de son médecin. Annoncée d’emblée, la belle-mère ne tarde pas à paraître, sous les traits de Patricia Houyoux. On ne la lui fait pas, à Madame Aigreville, elle connaît la chanson – la comédienne chante du reste à ravir – et confond rapidement son gendre.

L’affaire se complique au gré des mensonges abracadabrants empilés par l’infortuné praticien pour satisfaire sa libido et « sauver » les apparences. Il fixe rendez-vous à la femme mariée qu’il poursuit de ses assiduités, la charmante Suzanne Aubin (enjouée Stéphanie Moriau), dans l’appartement d’une couturière.

Ce logement, propriété de l’ineffable Bassinet, est également convoité par la belle-mère, tandis que l’ancienne clientèle de la cousette déferle à une cadence soutenue. Le bon docteur doit se faire passer pour le tailleur, avec les quiproquos qu’on imagine. Vous n’avez rien compris ? Ce n’est pas grave. Cela vous empêchera de gâcher le plaisir des autres spectateurs. Tout l’art de Feydeau est là !

Cinemaniacs

Le salon du docteur Moulineaux : meubles traditionnels et de nombreuses portes , comme souvent chez Feydeau

L’histoire : Le Docteur Moulineaux, en pleine possession de ses moyens de séducteur, drague la belle Suzanne Aubin pour laquelle il est prêt à tromper sa ravissante et jeune épouse, Yvonne.

Cette dernière se doute de la tromperie de son mari et éclate en sanglots dans les bras de sa maman, Madame Aigreville , une belle-mère , belle oui mais sévère et à cheval sur les principes .

Moulineaux, amoureux fou donc de Suzanne, va avoir du fil à retordre avec les femmes car l’une de ses anciennes maîtresses, Rosa, va réapparaître et compliquer encore la situation dans laquelle il se trouve déjà.

Monsieur Bassinet, en réalité le mari de Rosa, placeur en location de « chambrettes pour les amoureux », casse-pieds au possible, collant même, va – involontairement- émettre des propos qui vont enfoncer encore plus notre médecin séducteur.

Monsieur Anatole Aubin, heureux époux de Suzanne, va « voyager » tant chez le docteur que chez la couturière (La couturière ? Tiens tiens !) sans se rendre compte des agissements de sa charmante épouse, Suzanne. Cela dit, lui aussi a peut-être une relation avec une autre femme !

Pomponette, une petite jeune fille des plus mignonnes, se fera habiller et déshabiller par le Docteur Moulineaux , pris en flagrant délit de « tailleur pour dames », ayant loué au mois un atelier modeste de couture, pour y passer des moments disons « agréables » avec Suzanne
Etienne, le valet de chambre de Monsieur Moulineaux , suit tous ces évènements d’un œil amusé. De toute façon, les femmes ne l’intéressent pas. Les hommes par contre…

Quiproquos, situations abracadabrantes, mensonges, pirouettes, dissimulations, baisers , folie , tous ces hommes et femmes se rencontrent , s’agitent, se bousculent, courent l’un après l’autre dans tous les sens, sans bien savoir ce qu’ils leur arrivent !

C’est du Feydeau, c’est du vaudeville, du vrai vaudeville, monté volontairement « à l’ancienne » avec soliloques, apartés et autres effets traditionnels, Danielle Fire – la metteuse en scène – ayant voulu reconstituer et nous faire vivre l’époque durant laquelle Georges Feydeau a écrit cette pièce. La fin du dix-neuvième siècle. Décapant !

Feydeau est le plus grand des vaudevillistes, mais il n’est pas que cela. C’est un auteur comique extrêmement fin. Tel inventeur d’extravagances, il est un bel observateur de la nature humaine.

Ses personnages sont toujours « pris sur le vif », peints avec quelques répliques d’une justesse profonde. Prendre des situations vraies et les développer dans la vérité en n’usant que du procédé légitime et même indispensable du grossissement théâtral, c’est le comble de l’art pour un auteur comique et c’est l’art vraiment supérieur de Georges Feydeau !

On compare souvent Feydeau à Molière quand on pense aux « Fourberies de Scapin » ou encore « Le Bourgeois gentilhomme ».

Personne dans l’époque contemporaine n’a eu -aussi naturellement et spontanément que Feydeau -la vertu comique, mais son originalité est d’avoir réussi à donner, par la truculence bouffonne de la charge, une vérité psychologique et une image suggestive de la vie.

« Tailleur pour Dames », sa première pièce, écrite en 1886, étant relativement courte, Danielle Fire a « piqué » de nombreuses répliques dans les autres pièces de Feydeau et les a intégrées avec bonheur dans ce « Tailleur… », en y ajoutant également de bonnes et populaires chansons extraites de « La Vie Parisienne », « Phi-Phi », « Dédé », « Pas sur la bouche », etc … des chansons interprétées par nos joyeux comédiens, accompagnés au piano par Fabien Coomans de Brachène.

Danielle Fire (metteur en scène) : Mes interprètes, comédiens talentueux et spirituels, ont adhéré à cette forme de vision en y apportant leurs « paillettes » qui telle une légère passementerie, soulignent admirablement le rythme trépidant de Feydeau.

Je voudrais ajouter que je n’ai en rien changé la construction rigoureuse de la pièce.
De bonnes caricatures d’un monde encore proche du nôtre où l’on se divertit… avec ou sans gouvernement…

Neuf acteurs en scène qui s’amusent et nous amusent : Michel de Warzée , le « trompeur qui n’arrive pas à tromper » , le tailleur malgré lui ; il se défonce , il fait gag sur gag et gaffe sur gaffe , il est drôle. Il prend par la taille de bien jolies personnes dont Stéphanie Moriau, sa maîtresse dans la pièce (Suzanne) , sa compagne dans la vie ; Amélie Saye , une jeune et belle comédienne – l’une de ses étudiantes du Conservatoire qui joue ici le rôle de son épouse, Yvonne ; Anne-Isabelle Justens (Pomponette) piquante ; Catherine Conet (Rosa), une actrice que nous sommes heureux de revoir à la scène ; Patricia Houyoux ( Madame Aigreville) mais là, il n’est pas question que Moulineaux l’a prenne dans ses bras.

Ces cinq femmes sont terriblement « femmes » , belles, habillées de robes superbes qui traduisent bien l’époque où se passe l’action.
Trois acteurs se joignent à Michel de Warzée : Jean-Daniel Nicodème (Anatole Aubin, homme très élégant), Gérard Duquet (.Bassinet, le loueur), Bernard d’Oultremont (Etienne, le valet au gilet rayé) qui assume une composition irrésistible de « grande folle ».

Ces neuf comédiens, sous l’œil professionnel et attentif de Danielle Fire, se sont intégrés totalement à leur personnage et nous font passer deux heures de plaisir.

Un dixième artiste se mêle à leurs jeux : Fabian Coomans de Brachène, les mains en permanence sur les touches du piano-buffet.

Fabian Coomans de Brachène : Il y a une grande différence à travailler avec des comédiens ; on ne travaille pas seul. Il y a beaucoup plus d’esprit de groupe, on répète pendant des semaines tous ensemble sur un même plateau alors que dans la musique, on passe l’essentiel de son temps à travailler seul avant de faire quelques répétitions à plusieurs, mais on est loin de cet esprit de cohésion que l’on peut avoir dans un théâtre.

Voilà un bel éloge au théâtre !
Roger Simons.

 

 La Capitale

Du Grand Feydeau

 Une Cascade de quiproquos et de chassés croisés. A peine marié depuis quelques mois, le docteur Moulineau entretient déjà un coupable penchant pour l’une de ses patientes. Les ennuis commencent lorsqu’un soir il se trouve dans l’impossibilité de renter au domicile conjugal, ayant oublié sa clé. Tout de suite son épouse soupsonne un infidélité.

Afin de préserver la paix de son ménage, en évitant une rencontre fortuite entre sa maîtresse et sa femme, il loue un pied-à-terre, l’ancien atelier d’une couturière… Mais voilà que surgit le mari de sa maîtresse, ce qui contraint le docteur à se faire passer pour le tailleur de madame…

UN EXCELLENT SPECTACLE POUR LES FETES DE FIN D’ANNEES

« Tailleur pour dames » est la première grande pièce écrite par Georges Feydeau, elle lui valu un beau succès lors de sa sortie en 1886. Le texte n’a rien perdu de son charme ni de sa dimension comique : mensonges, quiproquos et malentendus se succèdent à un rythme effréné pour le plus grand plaisir du spectateur.

Dès le début, tout se met en place comme une implacable mécanique d’horlogerie, finement réglée, pour que des personnages qui ne devraient pas se rencontrer se croisent inopinément, mettant sans cesse l’histoire au bord de l’abîme.

De petits mensonges en grosses cachotteries, le personnage du Docteur s’enferre dans une série de situation piquantes et toujours plus burlesques, le tout agrémenté de plaisants passages musicaux.

Un excellent spectacle pour les fêtes de fin d’années avec, entre autres, Michel de Warzée (docteur Moulineau), Stéphanie Moriau (la maîtresse), Amélie Saye (l’épouse) et Patricia Houyoux (la belle-mère). La mise en scène est signée Danielle Fire.
Cécil De Froidmont

 

Le Soir
Empêcheurs de tromper en rond

 UN HOMME, ça trompe énormément.

Surtout sous la plume de Feydeau. L’infidélité chronique tricotée en un vaudeville bien ficelé.

Maître dans l’art du boulevard, la Comédie Volter nous a confectionné un agréable moment de divertissement, taille classique mais XL. Bien rythmés par la mise en scène de Danielle Fire, les neuf comédiens font tourner à plein la célèbre mécanique de Georges Feydeau dans une de ses premières comédies, qui transforme un docteur et mari infidèle en Tailleur pour dames.

Le docteur Moulineaux, non satisfait d’avoir épousé Yvonne, jolie femme de quelques années plus jeune que lui, s’éprend de la séduisante et déjà mariée Suzanne Aubin. Surpris par son épouse en flagrant délit de « découchage », le docteur va sauter sur l’occasion que lui offre son ami Bassinet de lui louer une garçonnière pour recevoir ses conquêtes. Mais Bassinet n’a pas le temps de lui dire que ce logement abritait récemment une couturière, qui n’a pas encore prévenu sa clientèle de son changement d’adresse. Voilà qui annonce de croustillantes méprises, d’autant que la très encombrante belle-mère du docteur veut elle aussi mettre le grappin sur l’appartement. Mensonges démasqués, alibis désespérés, situations saugrenues, autant dire que les portes vont faire pas mal de courants d’air entre les clientes de la couturière et Anatole Aubin, mari de Suzanne et amant de Rosa, elle-même ex-amante du docteur et présente épouse de Bassinet.

Pour démêler cet écheveau de fils à quiproquos, ce Tailleur pour dames joue sur une mise en scène traditionnelle mais véloce et colorée, puisqu’elle s’accompagne de musiques et de chansons d’époque, portées au piano par Fabian Coomans de Brachène. Tout aussi rétros, les costumes de Christian Guilmin et ses décors, alternant l’intérieur bourgeois du docteur Moulineaux avec le plus bohème atelier de la couturière, donnent une belle cohérence à l’ensemble.

Les comédiens croquent avec gourmandise cette bande de cocus cocufieurs. Citons la gouaille effrontée de Moulineaux (Michel de Warzée), la maladive maladresse de Bassinet (Gérard Duquet), l’insolente naïveté de Suzanne (Stéphanie Moriau) ou l’autorité sans gêne de Madame Aigreville (Patricia Houyoux).

Comique, sans en faire trop : c’est tout ce qu’on demande pour se mettre en fête au réveillon.

CATHERINE MAKEREEL 
mercredi 19 décembre 2007, 16:31