PRESSE

MENUS PLAISIRS – CRITIQUES

 

1. Demandez le programme
2. Le Soir
3. Cinemaniacs
4. Plaisir d’offrir

 

Demandez le programme:
Menus-Plaisirs Menus plaisirs mais grande jubilation Menus-Plaisirs
Jean Campion

 En 1970, François-Régis Bastide écrivait dans ses chroniques théâtrales : « Un jour viendra, pas si lointain, je le parie, où l’on verra qu’en ces années bizarres que nous vivons, il y avait peu, vraiment peu de voix aussi neuves que celle de Jean Tardieu. » En concoctant intelligemment ces « Menus plaisirs », Vincent Dujardin lui donne entièrement raison.

En effet, emportés par la folie douce des personnages, enivrés par la valse insensée des mots, nous sommes amenés à réfléchir sur les limites du langage. Prise de conscience salutaire à une époque où des communicants boulimiques multiplient les échanges creux.
Cependant le spectacle ne tourne jamais à la prise de tête, car l’auteur a un humour délirant et une virtuosité éblouisssante. Il nous provoque par des situations insolites. Voyez les signes de politesse en usage chez madame de Saint-Ici-Bas, où l’on se réunit pour…tousser et cracher avec délectation.

Il tourne en ridicule certaines conventions théâtrales, dont abusent des dramaturges vieillots, en faisant réciter à Oswald et à Zénaïde des apartés interminables. Il multiplie les dérapages de mots déroutants. Quand monsieur et madame Pérémère discutent, ils ne peuvent endiguer le flot de mots inutiles qui boursouflent leur discours. En écoutant les protagonistes d’ « Un mot pour un autre », on est éberlués et ravis par cette langue bourrée de mots impropres mais que la musique des phrases rend compréhensible.

Si l’on entre dans le jeu avec jubilation, c’est aussi parce que la mise en scène est nerveuse, séduisante et fluide. « Menus plaisirs », composé de sept courtes pièces et de poèmes, forme un tout homogène, qui progresse en souplesse. Pas de coupures entre les scènes mais des changements de décors à vue, qui prennent l’allure de charmants ballets. Pas de saturation non plus. Régulièrement un meneur de jeu excite notre curosité et nous repartons avec joie pour un tour en Absurdie.

Dans un décor de guingois, qui souligne le déséquilibre ambiant, les huit comédiens évoluent avec aisance et un sérieux désarmant. Incontestablement, leur complémentarité est un atout majeur de ce spectacle et elle éclate en particulier dans « Conversation-Sinfonietta ». Cerise sur un gâteau savoureux !
© Demandez le programme, Jean Campion

 

Le Soir:
Menus-Plaisirs Jean Tardieu, à tousser de rire !Menus-Plaisirs
Catherine Makereel

 

Pas minces du tout ces Menus Plaisirs, et même plutôt costauds. Extrait de l’oeuvre de Jean Tardieu, ce florilège de courtes pièces et poèmes offre un gargantuesque festin de délires lexicaux, de dialogues saugrenus et de prose à tiroirs insolites, comme une pièce montée verbale, arrosée de crème renversée.

Dans la veine des Backett, Ionesco ou Pinter, avec la légèreté et la gaieté en plus, le théâtre de Jean Tardieu surfe sur l’absurde et le non-sens pour mieux se moquer de la comédie de boulevard, genre bourgeois s’il en est, et de la vacuité de ce qui s’y dit. L’expression « Parler pour ne rien dire » prend chez lui un sens ironique, prégnant, festif.

Imaginez un vaudeville avec femme adultère, amant débusqué et maîtresse jalouse, dans lequel les mots n’auraient ni queue ni tête sans que ni les personnages, ni les spectateurs n’en soient gênés.Ou à l’inverse, une intrigue passionnée pleine de suspense où chaque phrase est correcte mais laissée en suspens.

Pourquoi ? Comment ? Eux seuls le savent porte bien son titre. Loin de s’en tenir aux mots, Tardieu tourne les bonnes manières en dérision dans la loufoque soirée mondaine d’Un geste pour un autre. Les rires coincés deviennent des toussotements exagérés, les compliments hypocrites se font insultes pompeuses, les apéritifs à grignoter se transforment en crachoir à remplir. Quand les invités en ont assez, c’est la maîtresse des lieux qui dégage ! Plus encore que notre société, c’est le théâtre et ses procédés qui sont la cible de l’auteur surréaliste. Oswald et Zénaïde usent et abusent par exemple des apartés, réduisant leur dialogue à des monosyllabes.

 On aurait pu craindre de ces expérimentations formelles un spectacle répétitif, mais la mise en scène endiablée de Vincent Dujardin mue l’exercice de style en objet séduisant. Quelle énergie ! Il faut voir la troupe entonner du Wagner à tue-tête dans une époustouflante interprétation du Film d’art et d’aventures.

 Dans un décor de salon bourgeois effondré comme pour souligner le détournement des conventions, les huit comédiens manient à la perfection cette langue parsemée d’aspérités. Tous font honneur à Tardieu avec une fluidité et un tonus fous.

© Le Soir

 

 Cinemaniacs:
Roger Simons

 

Menus peut-être mais plaisants, absurdes quoique… drôles, corrosifs, moqueurs, décapants, avec beaucoup de fonds de vérité ! Un condensé de sept pièces du toujours étonnant Jean Tardieu, génie de la comédie !

Laurent Fiedler : Poète avant tout, Jean Tardieu a essentiellement cherché à percer le mystère de la signification.

Pourquoi les mots possèdent-ils ce pouvoir de faire rire, d’émouvoir, de faire peur, de tout connaître ?
Qu’y a-t-il en eux, dans leur sonorité, leur forme, l’usage qu’on en fait pour expliquer ce miracle du sens ? Ce sens dont ils se veulent porteurs, est-il sûr ? Ou encore : peut-on leur faire confiance ?

Il suffit de voir ce spectacle pour en être convaincu.
Laurent Fiedler : Sa manière à Tardieu ? Essentiellement la parodie !
Une parodie à l’extrême dont on ne comprend pas toujours le sens. Une parodie, non seulement de mots mais de gestes, de situations des plus burlesques, complètement déjantés, branquignolesques en diable !

Vincent Dujardin (metteur en scène) : Si l’absurde et le grotesque dominent le théâtre de Tardieu, ils servent aussi de support à une méditation métaphysique ou philosophique.
Jonglant avec le verbe et fort du désir d’offrir une grande place à la tonalité « humour, Jean Tardieu, armé de sa plume, tient ainsi la gageure de sortir des cadres préétablis et des genres théâtraux trop convenus, laissant apparaître sous le rayon du projecteur quelques êtres loufoques et aimables, touchants ou terribles.

Vincent Dujardin a choisi sept larges extraits de pièces de Jean Tardieu telles : « Un geste pour un autre » , « Les mots Inutiles », « Eux seuls le savent », « Un film d’art et d’aventures », « Oswald et Zénaïde , « Un mot pour un autre », « Conversation -Sinfonietta »
Deux heures de spectacle complètement délirant. Une vraie folie remarquablement interprétée par huit acteurs formidables : Hélène Gailly, Claudie Rion, Marie-Pascale Dessoy, Isabelle De Hertogh, Bernard d’Oultremont, Nicolas Pirson, Patrice Mincke, Sébastien Berton.

Quel travail surprenant et titanesque pour le metteur en scène et ses acteurs ! De véritables performances ! Coup de chapeau à tous !

Que de personnages excessifs incroyables, indéfinissables, turbulents, poilants, tordants et tordus, joyeux ! Quelle agitation en scène sur laquelle prône un décor complètement « fracassé » (un salon qui aurait subi un fameux tremblement de terre). Que de mots alignés les uns à la suite des autres !

Quels talents réunis pour arriver à produire et jouer ce spectacle ! Quel amalgame de choses tellement différentes !

Les noms des personnages en disent long sur ce qu’ils peuvent être : L’amiral Sépulcre, Madame de Saint-Ici-Bas, Monsieur et Madame Grabuge, La Baronne Lamproie, Mademoiselle Cargaison, Monsieur et Madame Pérémère , Monsieur et Madame de Perleminouze, Monsieur Pomméchon… et j’en passe…

Quel art dans la composition de ces personnages plongés dans un charivari langagier.
Des mots, des moitié de mots, des débuts de mots, des fins de mots, des bas de mots, des mots hachurés, des mots détruits, des mots qui tournoient dans le plaisir d’une conversation abracadabrante ; des lettres qui n’ont rien à voir avec d’autres lettres qui se superposent, se bousculent, se mélangent. Un extraordinaire coït verbal !
Laurent Fiedler : Une valse insensée des mots ! Le génie de la langue Tardieu y est montré en état de décomposition.

Se coulant dans le moule que lui offre la comédie de boulevard, genre vieillot, figé dans ses conventions et ses éternels caractères, Tardieu entreprend de dynamiter ce moule en plaçant au premier plan non pas l’action mais l’expression. Il veut montrer que ces gens-là n’ont rien à dire.
L’idée formidable de l’auteur dès lors, c’est de faire jouer par des comédiens cette partition. De mettre dans leurs bouches de théâtre des mots qui ont cessé d’avoir un sens par eux- mêmes, qui ne sont plus des signes.

Tout y est : quiproquos, dérapages, sous-entendus. Un langage devenu musique. Un autre univers cocasse, délicieux, surprenant comme vous l’avez mentionné déjà, tout un monde qui paraît se comprendre…

Croyez-moi, il faut se laisser porter dès le lever du rideau par ce texte mais aussi par le jeu des acteurs qui portent la voix comme on le faisait du temps jadis (l’action se passe dans les premières années du vingtième siècle quand on commençait à écouter les disques en cire 78 tours) ; un jeu parfois faussement (« Eux seuls le savent », entre autres) mélodramatique ; des tons parodiques au débit excessif comme on pouvait jouer la tragédie au début du 20ème siècle ; des tons emphatiques, ampoulés, grandiloquents, ronflants ; des mouvements qui rappellent ceux du cinéma muet…
Formidable et fabuleux !

Les huit acteurs – sous la houlette de leur metteur en scène, s’amusent beaucoup et nous aussi, spectateurs !
Bon amusement… A l’eau !

Menus-PlaisirsMenus-Plaisirs

© Cinemaniacs, Roger Simons

 

Plaisir d’offrir:
Voyage en absurdie
Muriel Hublet

 

Tout commence par un grand boum, quasi un big bang.
Le rideau s’ouvre sur une scène bancale, aux murs de guingois, aux meubles enchevêtrés.
Le décor nous plante pourtant dans un intérieur cossu et délicieusement vieillot, très style 1900, mais nos repères semblent bizarres, comme affectés par le grand tremblement qui vient de secouer les murs.

Un peu comme si les conventions, nos conventions avaient été en partie ébranlées. Un peu comme si un enfant s’était amusé à effacer certaines lettres, certains mots du tableau noir pour créer un nouveau texte biscornu, étrange et délirant. Jean Tardieu, auteur de ces textes, est une sorte de poète des mots.

Il les regarde, les écoute, les prend en main, les tourne dans tous les sens, les triture, les malaxe, les décortique, les croque, les lance, les fait rebondir pour les aligner ensuite, bien loin des classiques règles écrites ou verbales.

Pour mieux se faire comprendre, il se joue de nos évidences.
Il prend une pièce de théâtre très boulevardière et la modifie, la perturbe, la chamboule, en change les codes.

Il fait des acteurs des complices qui en quelques tableaux vont parodier ou mimer des petits bouts de vie dans leur côté incongru, ironique et décalé.Chaque saynète est un univers différent, délirant.
D’un monde où les conventions sont inversées, où la poignée de main est remplacée par le pied de nez, où l’hypocrisie ne fait plus la loi, par la magie du théâtre, nous serons transportés au milieu d’une conversation anodine ou les non-dits, les pensées silencieuses, les mots biscornus qui habituellement remplissent nos têtes osent sortir au grand jour, se montrer, filer dans tous les sens (et non-sens).

Certains seront donc très vite rebutés par cet humour très particulier.
Il est vrai qu’il faut laisser à nos oreilles et nos esprits un certain temps d’adaptation pour en percevoir le sel et le piment.
Tardieu c’est comme un magicien déconcertant, il ne fait pas sortir de lapin blanc de son chapeau, mais bien des mots bizarres, à l’endroit, à l’envers, de travers, peints en rouge ou en arc-en-ciel.
Et comme pour tout ce qui est hors norme, il nous faut nous mettre au diapason de cette musique excentrique.

Pour servir ce Menus copieux Plaisirs, ils sont huit(Hélène Gailly, Claudie Rion, Marie-Pascale Dessoy, Isabelle de Hertogh, Sébastien Berton, Partice Mincke, Nicolas Pirson et Bernard d’Oultremont ) à s’agiter, à danser, à courir, avec grand sérieux, mais les yeux pétillants de rire et de complicité.
Dans une sorte de ballet surréaliste et désorganisé en apparence (une mise en scène de Vincent Dujardin) , ils semblent virevolter avec légèreté au son d’une musique enjouée. Et pourtant, chaque geste est soigneusement précis, délicatement étudié, clairement choisi et posé pour nous entraîner, pas à pas, dans un flamenco endiablé.

Cette comparaison avec la chorégraphie espagnole, bien connue de tous, n’est pas gratuite. Faite de chant, de claquements de mains, du son des castagnettes, de mouvements des hanches, de bruissements de tissus ou encore de martèlements des talons, cette danse lascive, révoltée, amoureuse est un tout, un ensemble, une histoire qui se construit pas à pas.

Pour l’apprécier totalement pour en goûter l’essence vive, il faut patienter, attendre pour voir les gestes lents s’accélérer, le rythme s’intensifier.
Pour pénétrer l’univers de Tardieu, il faut faire de même.

 

Entrer, respirer, humer, sentir, flairer avant de pouvoir pressentir, percevoir et enfin en ressentir tous les arômes, en saisir toutes les volutes parfumées et en apprécier l’ivresse invisible et mentale.
Un Menu Plaisir de plus ?
Un poème de Jean Tardie : La môme néant
Quoi qu’a dit ? – A dit rin.
Quoi qu’a fait ? – A fait rin.
A quoi qu’a pense ? – A pense à rin.
Pourquoi qu’a dit rin ?
Pourquoi qu’a fait rin ?
Pourquoi qu’a pense à rin ?
A’ xiste pas.

© Plaisir d’offrir, Muriel Hublet