LE RECIT DE LA SERVANTE ZERLINE

LE RECIT DE LA SERVANTE ZERLINE

De Hermann Broch
Une coproduction de «La Servante » et de la Comédie Claude Volter.

Mise en scène et lumières : Philippe Sireuil
Avec : Jacqueline Bir et Francesco Mormino

L’intrigue :
Accablé de chaleur et d’ennui, au milieu d’un dimanche d’août, un homme jeune, seul dans sa chambre, se laisse aller à de vagues rêveries.
Une femme frappe, entre et, alors qu’elle est déjà au milieu de la pièce, demande si elle ne dérange pas.
C’est la servante de la maison dont cet homme est locataire.
D’un air responsable, elle semble arranger le bouquet posé sur la table et commence à parler.
Elle est venue pour cela et, dès ce moment, personne au monde ne pourrait l’en empêcher.
Ce sont d’abord des allusions domestiques, puis les souvenirs deviennent précis, impudiques, elle montre sa naïveté et maladroitement décrit les beautés, les joies de son amour. Le dénuement de cette femme humiliée par la vie, les blessures de l’indifférence que l’habitude et le temps n’effacent pas, sont, dans la cendre d’une vie consumée, comme les dernières braises.
Ultimes lueurs d’espoir que la tendresse peut fragilement ranimer, ou la haine rendre meurtrières.
« Il n’y a pas d’amour heureux » dit une chanson. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas d’amour du tout….

Présentation par Philippe Sireuil :

Une servante, donc : dos voûté, cheveux noués sous un fichu, mains rougies par le travail, seins flétris, jambes lourdes.
Il y a trente années, elle était belle, « tout était ferme chez moi, et mes seins se dressaient que chacun voulait les tâter ». Il y a trente années, elle a connu la passion incongrue, éphémère et scandaleuse et toute la rhétorique des gestes de l’amour et de la haine qui l’accompagne, cette passion dévorante qu’elle a partagé avec l’aristocrate, dix journées durant dans le pavillon de chasse.
Aujourd’hui, elle est là, dans la moiteur d’un après-midi d’été à se raconter devant le jeune homme, à le mettre en garde, à lui dire cette part d’inoubliable qui a forgé toute son existence. Elle est là, les yeux baissés dans la mélancolie du buisson autrefois saccagé par le désir, à rapporter le dénuement de sa vie, les blessures de l’indifférence, le quotidien de son labeur. Elle est là, jalouse de l’autre, des autres, à confesser ses vilenies, les lettres interceptées, les rendez-vous arrachés, et ses mensonges.
Elle ressasse, elle remâche, elle recompose. Elle énonce le roman de sa vie, sans faire trop de bruit.
Le très beau texte d’Hermann Broch habitait Jacqueline Bir depuis nombre d’années. À deux reprises, je l’avais invité à travailler ensemble sans que cela puisse aboutir. Nous voici, avec Récit de la servante Zerline, dans la maison commune de nos envies.