PRESSE

LA VALSE DES TOREADORS – CRITIQUES

 

La Libre Belgique

De la valse lente à la corrida conjugale
Camille Perotti

Une comédie « grinçante » de Jean Anouilh mise en scène par Danielle Fire.
Alors que « Le coq combattant ou l’atrabilaire amoureux » mis en scène par Armand Delcampe se joue à l’Atelier Théâtre Jean Vilar de Louvain-la-Neuve, une autre pièce de Jean Anouilh est représentée à la Comédie Claude Volter, à Bruxelles.

Le brillant dramaturge (1910-1987) classifiait ses pièces par catégories, « roses », « costumées », « brillantes », « noires », et « grinçantes ». C’est dans cette dernière qu’il a intégré « La valse des toréadors » (1952).

Pourtant, au début, tout ressemble à une farce, tendance qu’accentue le décor kitch aux allures de vaudeville – représentation réaliste du bureau avec les portes donnant sur le jardin et les autres pièces de la maison, puis, grâce au changement, la chambre de la générale.

Les personnages de la comédie sont aussi réunis: un général aigri, sa femme acariâtre, leurs laiderons de filles, le docteur (amusant Gérard Duquet), la charmante couturière, le jeune secrétaire et bien entendu, la demoiselle à la pureté virginale.

Comme dans « Le coq combattant ou l’atrabilaire amoureux », le général (comique et dynamique Michel de Warzée) engoncé dans ses principes et préjugés dépassés est désarçonné par son jeune secrétaire de vingt ans, fougueux et bien plus entrepreneur. Quand la belle demoiselle de Sainte-Euverte (charmante Stéphanie Moriau), qui se languit d’amour depuis dix-sept ans (se remémorant sans cesse la valse des toréadors qu’elle a dansé avec le général), réapparaît pour, enfin, passer à l’acte, le général se fait devancer par son secrétaire (Bernard d’Oultremont, convaincant en jeune premier).

Critique de la bourgeoisie

Au-delà de l’histoire d’amour, la critique de l’immobilisme et de l’hypocrisie de la bourgeoisie de la fin du XIXe qu’Anouilh abhorrait, transparaît. La querelle des sexes intervient également par le truchement du conflit entre le général et sa femme, jalouse et amère tout en étant opportuniste (très drôle Danielle Fire), car elle se révèle finalement plus maligne que son mari.

Cette farce comique et pourtant, « grinçante », en huis clos, qui commence sur un air de valse et se termine en sanglante corrida conjugale recèle de nombreux sous-entendus piquants. La mise en scène qui accentue l’aspect cocasse, presque bouffon, de « La valse des toréadors » en fait une joyeuse pièce de fin d’année.

Bruxelles, Comédie Claude Volter, jusqu’au 31décembre. Tél.: 02.762.09.63 Web www.comedievolter.be