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LA FIN DU MONDE – CRITIQUES

Les Nouvelles de Bruxelles Est

Spectacle de fête à la Comédie Volter!

En guise de remède radical à la morosité, pensez donc à La Fin du Monde. La pièce de Sacha Guitry. Sous vos yeux plissés par les rires, c’est le monde d’un Duc qui disparaît pour laisser place à une comédie qui ne connaît aucun temps mort.

Michel de Warzee campe l’aristocratique réplique d’un Guitry tel qu’il aimait à s’imposer dans l’interprétation de ses propres personnages. Souverain. Heureusement, il ne singe pas le Maître dans les inflexions vocales qui lui étaient si personnelles. C’eut été ridicule. Toute la troupe du Théâtre Volter s’amuse comme un seul homme en jouant cette pièce.

Le verbe jouer est ici des plus appropriés. Leur plaisir collectif est palpable et, communicatif, fait plaisir à voir. Mention Excellent pour les seconds rôles. La gouvernante est stupéfiante. Incroyable, plus vraie que nature, la vieille domestique du Duc interprétée par Jacqueline Nicolas vaut à elle seule le détour.

Et l’Evêque … L’Evêque que Gérard Duquet incarne est comme un archétype d’ecclésiastique qui serait devenu chic type. L’huissier, obséquieux à souhait, est quant à lui rendu désopilant par Gérald Wauthia. Stéphanie Moriau en courtisane à la pétulance décontractée (oui, c’est un curieux mélange de mots) réaffirme son talent comme toujours.

Elle contribue beaucoup à l’équilibre de la pièce car, sans elle, le centralité du personnage du Duc, héritage guitryen oblige, finirait peut-être par lasser. A coup sûr, vous sortirez de fort bonne humeur de la salle du Volter.

GVODY

Cinemaniacs.be

Le titre de la pièce est inquiétant ! Que l’on se rassure, cela n’a rien à voir avec une fin du monde telle que nous l’imaginons.
C’est du Guitry ! C’est tout dire !

J’ai aimé le côté « vieillot », « kitsch » « désuet », « démodé » de la pièce et j’ai apprécié la mise en scène de Danielle Fire, qui respecte l’œuvre de Sacha Guitry.

Ce n’est certainement pas la meilleure comédie de cet illustre écrivain pour le théâtre, l’un des plus grands et des plus connus dans le monde entier, traduite en de multiples langues.

« LA FIN DU MONDE », créée le 28 septembre 1935 au Théâtre Georges-Leygues (Villeneuve-sur-Lot/France) avec l’auteur « lui-même » dans le rôle clé – le Duc de Troarn, entouré par sa troisième épouse, Jacqueline Delubac (que j’ai eu le plaisir d’inviter et d’interviewer dans mes émissions-radio des « Feux de la Rampe (RTBF 1970 )

Sacha : J’ai cinquante ans, elle vingt-cinq…Pourquoi n’en ferais-je pas ma moitié?

Avec Pauline Carton (toujours présente tant dans les pièces que les films de Guitry) dans le rôle d’Amélie, la (bonne) ; Guitry a toujours accordé de l’importance à ce personnage de bonne/servante…

« LA FIN DU MONDE » a été contestée à l’époque, les uns la rejetant : « Que sont devenus l’invention, l’esprit, l’humour, l’instinct scénique de notre auteur? », les autres l’appréciant : « Ce merveilleux divertissement nous offre d’abord une de ces résurrections du passé qui enchantaient Lenôtre (jardinier du roi Louis XIV), une de ces esquisses légères et essentielles où toute une époque revit, avec sa ligne et sa couleur, puis un caractère d’homme , un portrait d’émigré à l’intérieur original, et tout à fait moderne, dans une situation très caractéristique de notre temps.
(Deux extraits de critiques d’André Bellessort publiées à la création de la pièce, republiées dans l’ouvrage de Jacques Lorcey « Sacha Guitry »)

Je me rallie à la critique positive.

Oui , il y a des scènes un peu longues, parfois un peu trop explicatives, qui n’apportent pas grand chose à l’histoire de base…Mais j’ai retrouvé un théâtre d’antan, remarquablement souligné dans la mise en scène, le décor, les costumes et l’interprétation des huit comédiens :

Danielle Fire : Soyez gentil de les citer par ordre d’entrée en scène…

D’accord, Chère Danielle.

Jacqueline Nicolas (Une Amélie, plus vraie que vrai)
Michel de Warzée (Le Duc de Troarn, une éloquence très guitryenne )
Nathalie Hons (La Marquise d’Aumont de Chambley, tout est très bien madame la marquise …)
Gérard Duquet (Monseigneur Le Landier, frère de la Marquise/ Amen mon Père)
Gérald Wautia (Charognard, une composition délirante)
Stéphanie Moriau (Mademoiselle Mimosa, une petite fleur drôlement sexy)
Marcel Delval (l’américain richissime Monsieur Adamson, congratulation and thank you)
Xavier Percy (Monsieur Gaston, un look de séducteur monsieur le Ministre)

Ils sont joyeux, drôles, excités, exaltés, plein d’énergie. Ils jouent tous les huit à la façon des comédiens du Théâtre du début du 20 ème siècle, comme ont dû le faire ceux de la création…

L’action se passe le 18 juillet 1935.

Quelques mots sur cette histoire abracadabrante :
En 1785, le Duc de Troarn a conservé le château de ses ancêtres.
Ruiné, il se contente de mener une vie recluse, tirant de sa chasse et d’une petite ferme sa propre subsistance et celle de sa fidèle domestique, Amélie.
Mais il n’a jamais payé ses impôts et l’huissier Charognard vient lui annoncer l’imminente saisie du domaine.
Ses cousins, la marquise d’Aumont de Chamblay et Monseigneur Le landier cherchent avec lui comment sauver le château…

La suite ? Suspense car l’auteur a conçu son histoire avec quelques gouttes de polar où il est question d’un certain Monsieur Gaston…
Chut ! Motus !

C’est du Molière ! On rit beaucoup ! On s’amuse ! Les acteurs sont déchainés
Et le texte de Guitry délectable, jouissif…

Farce ! Effets imprévus et irrésistibles !
Qualité littéraire du dialogue ! Esprit de caractère des personnages ! Histoire extravagante !

Commentaire relevé dans l’ouvrage cité ci-avant :
« Tout est savamment calculé dans ces fantaisies libres de Guitry qu’on les dirait improvisées ! »

Incontestablement, Michel de Warzée s’est intégré totalement en Duc de Troarn. J’ajouterai même : s’est intégré follement à Sacha Guitry !

Roger Simons

 

Arts et Lettres

Sautez dans votre calèche ou votre fiacre, et demandez le château de Troarn. Chambres d’hôte de charme aux noms prestigieux : Charles IX (bof), Voltaire (piquant), Charlotte Corday (sans la baignoire) ….  Mais c’est surtout l’esprit et  la conversation avec le maître des lieux qui vaudra la promenade.  Une langue magnifique, des intonations princières,  dans un décor en décrépitude il est vrai, mais ô combien chargé d’histoire. On inviterait bien le capitaine Fracasse ! Le duc désargenté est un partenaire de choix pour se gausser de l’administration, du fisc, des huissiers et autres notaires dévoreurs de votre bel argent. Toute sa personne trônant sur un escalier horriblement kitsch nous offre des moments théâtraux  délectables qui dépeignent la fin d’un monde. « On ne saisit pas le Duc de Troarn ! » « Je vais être assiégé par la troisième république ! »

Un seigneur sans le sou et que l’on va bientôt mettre à la porte du château de ses ancêtres, à moins que suivant l’idée géniale d’un sien cousin et prince d’église, il ne fasse chambres d’hôtes! Il en profitera pour retrouver le goût de la farce et pimenter l’affaire.  Dans cette pièce de Sacha Guitry,  on ne retrouvera pas les   mille et un traits acérés du misogyne qui s’offrit … cinq épouses car il écrivit cette pièce en  réponse spirituelle aux instances qui le pourchassaient de leur courroux pour des questions de cassette plus que de conquêtes féminines.

Bonheur désuet : les personnages sont une palette d’individus tous mieux campés les uns que les autres. L’huissier, Maître Charognard, ex-maître d’hôtel de la princesse de Monaco, ne manque pas d’allure. C’est un ahurissant Gérald Wauthia. Sa gestuelle est assurément croquée sur les  meilleurs sketchs de l’illustre  Honoré Daumier.

Monseigneur Le Landier, à l’embonpoint révélateur,  fort sensible aux histoires de soubrettes,  n’est pas en reste : sa robe violette et ses manières onctueuses ont de quoi faire rire à larges rasades. Il est passé maître en mensonges pieux, bien sûr ! Le Duc de Troarn, autrement dit Gibelin de père en fils, est une statue de bonne humeur qui pourfend morosité et hypocrisies de tout poil. Il résiste à tout : aux femmes surtout. Sa cousine, la marquise d’Aumont de Chambley,  sa fidèle vieille bonne revêche et amoureuse, Amélie, jouée à l’époque par Pauline Carton, et, of course, Adèle Pégrilleux, la riche héritière qui l’aime à la folie. Vierge rébarbative, diplômée et musicienne, elle lui résoudrait  tous ses problèmes d’argent s’il consentait à l’épouser sur les conseils de son avisée cousine.  La Marquise : « Comment vivez-vous ? Le Duc : Je vis le mieux du monde ! Avez-vous vu mon potager ? Et mes poules, les avez-vous comptées ? J’en ai deux cents…» Il ajoute froidement : « D’un parc j’ai fait un bois, d’un monsieur j’ai fait un homme ! » Vous appelez cela un discours réactionnaire? Il est libre, Gibelin,  et ne boude pas son plaisir! L’argent le fait …rire!

Par contre, Mademoiselle  Mimosa qui  joue la femme sublime a de quoi réveiller le gentleman qui s’était retiré du monde finissant. Le Duc : «  Une femme – mais c’est toujours quelque chose. Et si vous n’êtes pas autre chose qu’une femme, tant mieux. C’est encore plus beau …Vous dites « pas grand’chose » quand vous avez tous les pouvoirs ! Vous pouvez faire faire un chef d’œuvre à un peintre – une bêtise à un brave homme – une folie à un banquier – vous pouvez faire commettre un crime – empêcher d’en commettre un autre – vous pouvez faire le bonheur d’un homme – le malheur de cinq ou six femmes !…Regardez donc ce que vous avez fait de moi en quelques heures !…Vous m’avez rajeuni d’un siècle ou deux. Pas grand’chose, une femme ? » Elle ressemble à s’y méprendre à celle  qui le 21 février 1935 épouse Sacha Guitry, homme de   50 ans,  de 22 ans son aîné. Il annonça leur mariage en déclarant : « J’ai le double de son âge, il est donc juste qu’elle soit ma moitié »  Tiens… une réplique de la pièce…

Une pièce donc, pleine de charme, d’esprit et de bonne humeur. Le choix des acteurs pour ces huit personnages hauts en couleur est particulièrement heureux. On ressort donc du spectacle, les yeux rieurs et l’esprit rassasié de bonheur verbal car dans l’affaire on a eu même droit au richissime américain, un Adamson  admirablement campé par Marcel  Delval et qui ne parle pas un mot de français bien sûr mais peut s’entretenir en latin ad libitum avec le monseigneur goguenard.

Deashelle