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LE MALADE IMAGINAIRE -CRITIQUES

Belle critique sur RTL ICI

 

Les Feux de la Rampe, Roger Simons le 24/03/2014

LE MALADE IMAGINAIRE  MOLIERE
Un beau rideau rouge. Les acteurs sont en scène.
Le régisseur prend en main son brigadier…
 
« Le Malade imaginaire » l’une des grandes pièces de Molière, avec «Le Misanthrope», «Tartuffe », « Dom Juan» ,  qui propulse – une fois encore – avec humour, sa hargne contre les médecins et la médecine.
Un grand classique que l’on a beau avoir vu et revu, que l’on retrouve toujours avec plaisir et délectation.
On y décèle à chaque fois un autre mot, une autre phrase, un autre personnage, d’autres situations surprenantes.
 
Stéphanie Moriau, tout en jouant le personnage de Toinette, la servante, s’est chargée de la mise en scène qu’elle a conçue dans la tradition la plus pure  comme Molière l’avait certainement imaginé.
Cette pièce avait été jouée en 2006 à la Comédie Volter mais dans la mise en scène de Michel de Warzée, que nous retrouvons bien sûr dans le rôle-clé de Monsieur Argan, le fameux malade imaginaire. Il a d’ailleurs joué cette pièce  plusieurs  fois dont une   dans  son théâtre Comédie Claude Volter et  une autre au Théâtre Royal du Parc.
Ils sont excellents tous les deux faisant preuve d’une intelligente complicité dans leurs jeux de scène et leur façon de distiller le texte de Molière.
Lui, un faux malade, un emmerdeur et un naïf ; elle, une Toinette mignonne, roublarde et coquine.
Ils restent dans la tradition avec de nombreux gags un peu poussés mais de bon goût, sans excès ni gratuits ni pesants.
 
LE MALADE IMAGINAIRE(2014)
Monter cette pièce, c’est d’abord rendre un hommage à Jean-Baptiste Poquelin dit Molière. C’est sa dernière pièce. A la quatrième représentation, pris de convulsions, il quitte le plateau et ne reviendra plus. Il devait mourir quelques heures plus tard à son domicile, et non pas en scène comme on l’a trop souvent dit.
Quiproquos, bien entendu au cours du déroulement de la pièce : Angélique aime Cléante. Or, son père veut la marier à Thomas Diaforius.
Argan veut protéger Béline, sa femme en convoquant son notaire pour établir son testament en sa faveur, déshéritant de la sorte sa fille. Argan considère sa femme comme la seule personne qui l’aime. Or…
 
Je ne vous en dirai pas davantage car je pense que l’on connaît bien l’argument de cette pièce délirante de Molière.
Molière que l’on considère comme le plus grand poète comique français, né et mort à Paris (15 janvier 1622-17 février 1673), qui a su tirer parti de ses dons de comique et d’auteur dramatique. Comique, oui mais aux propos mordants, corrosifs, moqueurs envers les médecins…Il devait très certainement les haïr. On trouve du reste pratiquement un (ou des) médecin(s) dans chacune de ses pièces.
 
Douze personnages en quête du rire, du grotesque et de l’amour.
Une belle distribution très homogène, où chaque acteur se donne à fond – avec talent et joie – dans l’interprétation de son personnage : romantique, cocasse, drôle, inénarrable, ridicule ou grotesque. C’est pétillant, enlevé, amusant avec des moments d’émotion…C’est du Molière dans tous ses états.
Ce qui est le plus incroyable dans cette pièce, c’est d’entendre Argan parler d’un certain Molière auteur de pièces comiques et de l’entendre même se moquer, le critiquer.
 
Béralde, le sage frère d’Argan, incarne le bon sens populaire. Son discours teinté d’humour et d’ironie s’inscrit dans une logique de vérité et de sincérité.
 
Un décor unique, le salon d’Argan imaginé par Christian Guilmin qui a dessiné également les costumes.
Création des lumières: Sébastien Couchard.
Musique : Marc-Antoine Charpentier dont la partition avait été perdue longtemps, mais heureusement retrouvée par William Christie- qui l’a jouée d’ailleurs dans son intégralité avec ses musiciens des « Arts Florissants » au cours d’une représentation au Théâtre du Châtelet le 16 mars 1990.
Nous avons donc aujourd’hui toute la jouissance de cette magnifique musique !
Assistant régie : Ivane Masurashvili.
 
Un spectacle à voir sans hésiter si l’on veut retrouver la conception et l’interprétation d’antan !
C’est chouette ! C’est vivant ! C’est bien enlevé ! C’est joyeux ! On passe deux heures trente dans le plaisir !
Le programme conçu par Jean-Claude Seynave nous renseigne avec compétence sur certains moments de la vie de Jean-Baptiste Poquelin.
Ne manquez pas de l’acheter lorsque vous irez voir la pièce du « Malade imaginaire ».Très intéressant !
Roger Simons

 

Ce que la presse en a dit lors de la création en février 2008 :

 Un « Malade » plein de santé : La Libre Belgique, Philip Tirard

Michel de Warzée donne une vigoureuse interprétation de l’ultime oeuvre de Molière.
Ni baroque ni moderniste ni esthétisante, la mise en scène du « Malade imaginaire » par Michel de Warzée à la Comédie Claude Volter se veut « dans la tradition ». Lisez celle du XXe siècle, entre naturalisme et psychologie, comédie de moeurs et comique de situation, le tout mené presto non sans quelques effets burlesques voire boulevardiers. Et cela marche à fond dès le premier acte.

L’Argan de l’ultime création de Molière – on sait qu’il fut pris d’un malaise lors de la quatrième représentation et mourut quelques heures plus tard – est le dernier avatar de la série des extravagants et des maniaques dépeints par l’auteur. À l’avarice de Harpagon, à la misanthropie d’Alceste, à l’arrivisme social du « Bourgeois gentilhomme » succède l’hypocondrie d’Argan.

Partageant ses jours entres ses lavements, ses saignées, ses potions de tous ordres et ses comptes d’apothicaire, l’homme veut s’assurer de soins permanents à domicile en forçant sa fille Angélique à épouser un jeune médecin. Comme dans le « Bourgeois », cela finira par la sublimation grotesque de sa manie et un mariage d’amour pour la jeune femme.

Michel de Warzée est très à son affaire dans le rôle titre. Tour à tour ridicule, odieux, pitoyable et attendrissant, il ne tire cependant pas (toute) la couverture à lui. Stéphanie Moriau a le répondant qu’il faut dans le personnage de Toinette, ironique et cinglante servante qui ne s’en laisse pas conter par les idiosyncrasies de son névrosé de maître. Delphine Moriau joue l’épouse faussement compatissante et réellement intéressée avec une sorte de détachement qui ne la rend que plus crédible.

Rire de bon coeur
L’Angélique de Kelly Huygens a tout de l’amoureuse moliéresque, éprise et courageuse, partagée entre affection filiale et farouche désir de vivre. Son prétendant Cléante nous a paru sincère mais légèrement emprunté sous les traits de Toussaint Colombani. Gérard Duquet en Béralde, incarnation de la voix de la raison en antithèse de la passion morbide de son frère Argan, nous a semblé comme en retrait de lui-même.

Dans le rôle de la fille cadette, la petite Laure Nicodème s’est montrée craquante dans cette scène délicate où elle est contrainte, sous menace du martinet, de trahir le secret de sa soeur auprès de son père. On se serait cru chez la Comtesse de Ségur…

Et puis il y a la sarabande des médicastres et potards, avec leur latin de carabin et leurs chapeaux pointus, qui se sont fait une rente juteuse des divagations d’Argan. Michel Wright et Benoît Strulus en Diafoirus père et fils nous valent une savoureuse scène de demande en mariage.
Benoît Pauwels en Purgon lance des foudres jupitériennes et drolatiques contre son malade rebelle qui a osé refuser un clystère. L’apothicaire Fleurant de Serge Zanforlin pointe sa seringue vers le fondement de sa victime comme un fusil d’assaut. On rit, ma foi, de bon coeur…

 

Pas de nouveau traitement en vue : Le Soir, CATHERINE MAKEREEL

Rares sont ceux qui ignorent l’intrigue du Malade imaginaire de Molière. L’hypocondriaque Argan veut marier sa fille au médecin Diaforius pour mieux s’offrir ses services. Ce dernier, comme ses confrères, cache le vide de ses connaissances sous un vernis de latin pour prescrire toujours la même panacée : « Clysterium donare, postea saignare, ensuita purgare ! »

Si la mise en scène de Michel de Warzée suit sans surprise les conventions du genre, son Malade dans le plus pur style classique fonctionne sans anicroche. Les costumes installent l’époque illico : soieries froufroutantes et rubans à foison pour les bourgeois, sévères toges noires et chapeaux coniques pour les médecins. Le mur du fond et ses étagères d’apothicaire rappellent l’obsession d’Argan à trouver un remède à ses maux mystérieux. Autour de ce malade (Michel de Warzée lui-même) aux tourments presque palpables, virevolte sa servante Toinette (Stéphanie Moriau), comploteuse diabolique et efficace ressort comique de la pièce. Sorte d’Arlequin mué en femme,

Toinette incarne avec le frère d’Argan (Gérard Duquet), le regard critique et ironique de Molière sur la médecine de son temps. Celle-ci trouve en Michel Wright et Benoît Strulus (Diaforius père et fils) deux truculents représentants de la Faculté, bouffons malgré eux. Le reste de la distribution, aux rôles plus effacés, donne son rythme de croisière à cette comédie médicinale.

D’une étonnante clairvoyance – Molière était à l’article de la mort lorsqu’il l’a jouée – Le malade imaginaire dénonce les charlatans exploitant ce besoin irrésistible qu’ont les humains de croire en leur salut.

Et, en attaquant leurs discours techniques volontairement abscons d’une certaine élite, le dramaturge reste étonnamment moderne. Il suffit de lire le dernier traité européen soi-disant simplifié pour s’en rendre compte.

Le Malade Imaginaire Décidément, la maladie …ça conserve : Plaisir d’offrir, Muriel Hublet

Dernière création de Molière, cette pièce met en pièces la médecine, ses serviteurs et ses apôtres avec la verve insolente bien connue de l’auteur français.
Il fustige les esprits étroits, il traque les manies déplorables, les pères bornés, il favorise les cœurs épris, il met dans la bouche du peuple la raison qui manque aux grands de ce monde.
Plus de trois cents ans après, la recette est toujours aussi délectable et la sauce prend toujours aussi facilement.

Michel de Warzée signe une mise en scène que l’on peut qualifier de traditionnelle ou de classique.
Sans, cependant, y glisser la moindre intonation péjorative tant d’emblée on se laisse séduire par les mimiques d’Argan (Michel de Warzée) peinant, soufflant et sans cesse en train de courir vers les lieux d’aisance pour évacuer les effets des lavements et autres purgatifs que lui imposent son gravissime état de malade imaginaire. Avec le caractère de cochon d’un homme qui veut être entouré de tous les soins, toutes les douceurs, tous les égards, prêt à tout pour une once de commisération sur son état de santé si fragile, tour à tour insupportable, fantasque, bourru et cœur d’artichaut, l’acteur nous offre un bel éventail de ses qualités burlesques.

Face à lui sa servante Toinette (une piquante Stéphanie Moriau) moqueuse, impertinente, pleine de bon sens et qui n’hésite jamais à rouler son pauvre maître dans la farine (de moutarde pour cataplasmes ?).

Autour d’eux, une épouse intéressée (l’impeccable Delphine Moriau) par l’argent et qui materne avec soin son dadais de mari, Angélique (une Kelly Huyghens toute en douceur), sa fille, tendre jouvencelle qui ose résister à son père en préférant se marier selon son cœur qu’en obéissant et en épousant un médecin, Cléanthe (un Toussaint Colombani un peu falot) l’amoureux transi, un frère réellement malade, mais plein de bon sens (indolent Gérard Duquet).

La clique des médicastres est flamboyante avec un Michel Wright maniéré à souhait en père Diafoirus, affligé d’un rejeton délicieux de maladresse (Benoît Strulus), mais la palme revient là à Benoît Pauwels en un monsieur Purgeon d’une emphase lumineuse et porteuse.

Il serait injuste d’oublier la délicieuse Louison frondeuse à souhait, raisonneuse et coquine, une vraie petite fille …Modèle ? La comédie Volter termine sa saison de manière …illustrissime en nous offrant des retrouvailles de choix avec un Malade Imaginaire qui n’a pas pris une ride.
Décidément, la maladie …ça conserve.