Claude Volter
Qui est Claude Volter ?
Enfance et vocation
Claude Volter, personnage haut en couleurs, fondateur et directeur de la Comédie qui porte son nom, acteur de génie, au caractère insupportable, exigent, turbulent mais d’une telle vitalité, d’une telle force qu’il inspirait l’admiration ou, au minimum, le respect à ses contemporains, est né à Matadi (ville portuaire du Congo), et a grandi dans une famille qui lui a donné, dès son enfance le goût du faste. C’est dans ce contexte que se développe chez Claude une passion pour l’Histoire et les siècles passés, une passion qui mènera l’adolescent à s’intéresser au théâtre, à son écriture, à sa mise en scène, et à son interprétation. C’est tout naturellement qu’il entre au Conservatoire de Bruxelles. Très rapidement, il s’exerce au jeu d’acteur en faisant une figuration dans « Andromaque » de Racine et décide, suite à cela, que le théâtre classique sera sa vocation. Un an plus tard, il entre au Conservatoire de Paris en compagnie de Jean-Paul Belmondo, Jean-Pierre Marielle, Françoise Fabian, Claude Rich et…. Jacqueline Bir.
A l’origine d’un théâtre
Un contrat, en 1957, le ramène en Belgique pour trois mois… Il y restera pour toujours !
Le couple qu’il forme alors avec Jacqueline Bir vient s’installer à Bruxelles et ils auront deux fils. Claude Volter joue et réalise des mises en scène dans différents théâtres et dans des registres divers. Mais le véritable essor de sa notoriété se situe en novembre 1963. C’est en cette année qu’il utilisera de manière tout à fait inattendue et originale le grand escalier du Palais d’Egmont (aujourd’hui ministère des Affaires Etrangères) comme fabuleux décor à une de ses nombreuses mises en scène d’une pièce de Racine. Ce soir-là, le public assistait sans s’en rendre compte à la naissance d’une jeune compagnie qui deviendra plus tard (à partir de 1971), avec le succès que l’on connaît, la Comédie Claude Volter.
Il rencontre Sylvie d’Aney dans les années 70, ils auront un fils et elle sera sa collaboratrice tout au long de sa vie.
Un caractère bien trempé
Claude Volter était un homme passionné et passionnant. Son caractère n’était pas toujours des plus facile…
Une affaire hautement médiatisée eut un grand retentissement :
Lors de la mise en scène de « Malatesta » au Théâtre du Parc, des divergences entre l’acteur, Roger Dutoit, et le metteur en scène apparurent. Les rapports s’envenimèrent et Claude Volter, avec son caractère tellement ancré, fit paraître un communiqué de presse acerbe affirmant qu’il ne pouvait plus assumer la direction du spectacle. Il en attribuait la responsabilité à l’attitude de Roger Dutoit. Celui-ci menaça de porter l’affaire devant les tribunaux. Tout le monde s’en mêla. Finalement, les choses s’apaisèrent (avec l’aide de Montherlant lui-même). Volter fit paraître un nouveau communiqué retirant ses allégations.
Il en fut de même avec certains ministres…
En septembre 1989, lors d’une représentation de « Pauvre Bitos » au Centre culturel d’Ottignies, Claude Volter provoqua une autre de ces âpres controverses dont il avait le secret. A l’entracte, il monta sur scène pour s’en prendre violemment à Valmy Féaux. Il attaqua celui qui était alors Ministre-Président de la Communauté française et Bourgmestre d’Ottignies par ces mots : « J’accuse le ministre d’incompétence et de grossièreté notoire dans la gestion de la compagnie dont j’ai la charge… ». Il est vrai que Valmy Féaux avait fait passer les subsides de la Comédie Volter de 11 à 8 millions de francs. Le lendemain soir Claude Volter récidiva sa diatribe mais Valmy Féaux avait été prévenu. Il était dans la salle et monta sur scène pour répondre à Claude Volter. L’échange s’interrompit lorsque le public commença à manifester son impatience et que des spectateurs eurent déjà quitté la salle…
Homme de combat et reconnaissance
Il s’est toujours battu pour maintenir les subventions de son théâtre. Sa lettre au Roi, datant du 31 mars 1989, débutait ainsi :
« Sire,
Dieu m’est témoin que jamais je ne me serais permis d’importuner, Votre Majesté, au nom de Claude Volter, s’il n’était périodiquement victime du pouvoir socialiste lorsque celui-ci s’occupe de la Culture… » …
Ses remerciements et sa reconnaissance pour la commune de Woluwe-Saint-Pierre qui l’accueillaient depuis 1971 n’ont jamais failli
« Et malgré mon insupportable caractère, mes exigences, ma turbulence et ma redoutable vitalité,
c’est toujours la Commune de Woluwe-Saint-Pierre, son Bourgmestre et ses Échevins qui nous accueillent et nous soutiennent… »
« Antiquaire égaré dans le théâtre »
Claude Volter était un artiste complet, touche à tout : il dessinait ses décors, ses costumes, ses affiches, ses programmes… clouait, peignait, tapissait… passait des heures à redorer cadres, miroirs, fauteuils, moulait des bustes du XVIIème, reconstituait les perruques… Mais avant tout c’était un extraordinaire directeur d’acteurs, il articulait et respirait la langue française. Combien de jeunes acteurs ont débuté chez lui et gardent un souvenir de travail mémorable. Il aimait rire et ne se privait pas parfois… de facéties incroyables en scène…
Un petit bout de carrière et de vie
En 1965, Claude Volter obtient « l’Ève du Théâtre », prix qui récompense le meilleur comédien, et ceci pour sa prestation dans « Le Neveu de Rameau ». Il rencontre, dans les années septante, Sylvie d’Aney qui sera sa collaboratrice et sa compagne pendant de nombreuses années. Un fils naîtra de cette relation.
Il a écrit et mis en scène plusieurs pièces historiques, dont : « Richelieu », « Napoléon III », « Nicotine et Guillotine », « La Chambre de la Reine », « Le Procès du collier », « Les Insultés », « Le Congrès s’amuse », …
Il a monté et joué (parfois adapté) entre autres : « Britannicus », « Andromaque », « Tartuffe », « Les Femmes savantes », « La Reine Morte », « Le Maître de Santiago », « La Parisienne », « Madame Sans Gêne », « Une Folie », « La Fin du monde », « Colombe », « Pauvre Bitos », « La locomotive », « Les Temps Difficiles », « Nina », « Les Liaisons Dangereuses », « Port Royal », « Le Cid », « Tempête à Buckingham Palace », …
Claude Volter décède le 15 novembre 2002 à l’âge de 69 ans.
Comme l’écrivit alors un journaliste et critique théâtral : « Ce baroqueux du théâtre n’était pas de son siècle et le savait. Il aurait été plutôt du XVIIème » …