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« Le noir te va si bien », une mortelle randonnée

…entre empoisonnements, chutes de falaise, coups de feu, explosions à la dynamite, lustres fatidiques, arsenic, strychnine, champignons innocents,  roulette russe, et la liste n’est pas complète. «  Risky Marriage » écrite par Saul O’Hara en 1959, est une comédie policière d’origine britannique. Elle fut créée en  France par Jean Marsan, le 7 novembre 1972 au Théâtre Antoine à Paris, avec dans les rôles titres Maria Pacôme, Jean Le Poulain et Lucie Dolène.  Le succès fut tellement énorme qu’elle fut diffusée  à 3 reprises dans la célèbre émission de télévision « Au théâtre ce soir », à l’époque, à  l’ORTF. Vibrent encore sans doute pour certains, tant d’années après, les  annonces réjouies du générique :  « C’était…. dans une adaptation et production de: ….Pierre Sabbagh , créateur de décor: ….Roger Harth, costumes de: ….Donald Cardwell! »  Un crescendo de bonheur doux à l’oreille.

Qui tuera l’autre en premier ? That’s the question !

Cette pièce  fracassante  pourfend  tous les coureurs de dot, les assoiffés d’héritages, les chercheurs d’or matrimonial, les chacals de pierres tombales, les abonnés au crime lucratif. John est soupçonné d’avoir tué ses six femmes. Lucy est suspectée d’avoir éliminé ses cinq maris. Un commissaire de Scotland Yard, joué par l’exquis Bernard d’Oultremont,  veut piéger les deux criminels jusque-là restés impunis  en provoquant leur rencontre dans un manoir qu’il a mis sous haute surveillance, et où il pourra enfin prendre l’un  des deux sur le fait. Pour l’autre, ce sera sans doute  trop tard ! « Elle a les yeux … révolver ! »

Deux domestiques très complices, aident  l’inspecteur dans sa tâche de détective, quitte à s’enfermer, pour mieux espionner,  dans une horloge ou une vielle cuirasse moyenâgeuse. Ah ! les châteaux  écossais, leurs passages secrets, et leurs merveilleux fantômes ! Tout y est au théâtre de la Comédie Claude Volter : le five o’clock tea, le brandy et la pièce montée en sponge cake !  Bravo aussi  pour les choix musicaux :  depuis  l’authentique bagpipe, cornemuse ou biniou,  jusqu’à la valse des chevaliers de Tchaïkovski dans Roméo et Juliette. Et puis cet inénarrable uniforme militaire écossais que porte le faux laird, Michel de WARZÉE ! C’est tout  le plaisir du boulevard  qui revient en trombe sur la scène du théâtre de la Comédie Claude Volter qui fête  royalement ses cinquante ans cette année-ci.

 Dans un rythme  déchaîné, Stéphanie MORIAU et Michel de WARZÉE  jouent  pendant près de deux heures  leur incroyable  parade fatale. L’amour y trouvera-t-il enfin son compte ? A force, le cynisme imprègne les autres personnages et la comédie de mœurs fait flèche de tout bois pour mettre en pâture devant le public  toutes ces   faiblesses humaines  telles que l’amour  effréné de l’argent, l’appât du gain, l’égoïsme,  la vanité, la cupidité,  l’envie..  Et que dire du moteur principal:  la froideur du crime et du meurtre  prémédités.

Il est donc fort bien  ficelé, ce bijou de théâtre de boulevard au point de friser le  surréalisme…  Les sept comédiens chevronnés  s’éclatent vraiment  sous la charmante direction  de la dame en fourreau noir,  épaules et jambes  nues : Stéphanie MORIAU.  Avec  Michel de WARZÉE, Amélie SAYE, Laurent RENARD, Bernard d’OULTREMONT, Hélène PHILIPPE, Simon WILLAME et Morgane GÉRÔME. La distribution est impeccable et on leur souhaite de faire salle comble… Pour leur bonheur, ils n’ont pas plus de 200 places !

…  Et au fait, ne serait-il  pas temps  que la Mort,  tant chantée par  Georges Brassens ( il aurait eu 100 ans ce 21 octobre 2021) et que notre société  contemporaine met tant de soin à exiler, réapparaisse, exposée, vilipendée et moquée, pour ses côté les plus absurdes et les  plus perfides ?   Afin que  l’on cesse de la nier, qu’elle  cesse de nous angoisser en  secret,  et même, aller jusqu’à paralyser tout notre système de société.  Formons le vœux que, le grand apanage de l’Homme, le rire salvateur généré par  la Comédie,   puisse   nous sauver de sa hantise.

Dominique-Hélène Lemaire, pour Arts et Lettres

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Le Noir te va si bien, une comédie noire irrésistible actuellement sur la scène de la Comédie Royale Claude Volter

Le Noir Te Va Si Bien de Jean Marsan d’après Saul O’Hara, est une pépite théâtrale d’humour noir, très noir… Dans les rôles des veufs machiavéliques portés sur l’homicide lucratif, on retrouve le duo de comédiens phare de la Comédie Royale Claude Volter, Michel de Warzée et Stéphanie Moriau, entourés sur les planches par Amélie Saye Laurent Renard, Hélène Philippe, Simon Willame et Bernard d’Oultremont.

 

Lady Lucie Kalfayan a hérité de ses cinq premiers maris, après les avoir assassinés…
Le colonel John Mac Lesby, grand amateur de riches héritières, en est à son sixième veuvage…
L’inspecteur Peter Campbell, de Scotland Yard, las de chercher des preuves, les fait alors se rencontrer pour le meilleur, mais surtout pour le pire !
Attirés par leurs fortunes respectives, les deux monstres se marient et vont ensuite tout faire pour éliminer l’autre, entrant ainsi dans une spirale de stratagèmes tout à fait délirants et cocasses, pour le plus grand plaisir du spectateur…

Immortalisé pour la postérité en 1975 par Jean Le Poulain et l’extraordinaire Maria Pacôme dans une captation au Théâtre Marigny (disponible en dvd), Le Noir te va si bien fit les beaux jours de l’émission Au théâtre ce soirl’un des programmes les plus populaires de la télévision française, signé Pierre Sabbagh.

Cette comédie noire irrésistible capte le spectateur dès les premiers instants et ne le lâche plus jusqu’au final. Bien sûr, on est ici face à un théâtre populaire longtemps qualifié de facile, mais qui demande aux comédiens une belle dose d’énergie et un jeu précis jusqu’au twist final.

On sent d’ailleurs le plaisir évident pris par ceux-ci de participer à ce spectacle distrayant aux multiples rebondissements et qui constitue un excellent plan spectacle pour les fêtes de fin d’année.

Seul petit bémol, et c’est très subjectif bien sûr, le classicisme du décor, de la mise en scène, et du jeu des acteurs qui reste très conventionnel et sans surprise. Pour ma part j’aurais espéré une plus grande prise de risques et une revisite plus actuelle de ce classique de la comédie de boulevard des années septante.

Mais ne vous y trompez pas, on passe en compagnie de cette troupe de comédiens un excellent moment de divertissement, que je ne peux que vous recommander!

Jean-Pierre Vanderlinden